En 2011, un vent fort, en résonance avec l’esprit engagé du salon, soufflera durant deux jours sur le centre Brenot.
C’est de désobéissance dont il s’agit. Entrer en désobéissance, c’est comme entrer en résistance. C’est refuser le diktat de la pensée unique, c’est s’opposer au rabiotage de nos libertés, c’est refuser de marcher dans des sentiers sur lesquels on ne veut pas, plus, s’engager.
En clamant la volonté de désobéir, on dépose aux pieds les chaînes dont on voulait nous entraver. Il ne s’agit pas d’une posture intellectuelle, ni d’un débat stérile entre « gens de bonne compagnie ». Polymorphe, puisqu’elle doit s’exprimer sur les plans politiques, sociaux, culturels..., la désobéissance est vouée à devenir un jour universelle. « Rien d’audacieux n’existe sans la désobéissance aux règles », écrivait Jean Cocteau. Surtout si les règles en question prétendent nous contraindre, nous forcer, nous assimiler à des schémas préconçus, et finalement nous asservir pour au bout du compte nous avilir.
Entrer en désobéissance, c’est comme entrer en résistance
Un salon pour les promesses de l’aube Christian Goubert, adjoint aux affaires Culturelles le dit sans ambages : en plaçant cette nouvelle édition de L’autre Salon ! sur le thème de la désobéissance, la municipalité entend s’opposer au « politiquement correct ». Expliquant le choix d’organiser cet événement culturel tous les deux ans, (« nous avons décidé de concentrer les moyens nécessaires à sa réussite ») il ajoute que l’édition 2011 sera « un grand cru. Une désobéissance à laquelle adhèrent tous ces éditeurs, auteurs et artistes qui sortent des sentiers battus et re-battus de la ligne bien pensante. Parce que les temps que nous vivons nous incitent à désobéir... ».
Thierry Renard, directeur artistique de l’Espace Pandora, co-organisateur de cet événement, ne dit pas autre chose même s’il verse plus volontiers dans le lyrisme : « l’Autre salon ! n’est pas un salon « contre », mais bien plutôt un salon « pour ». Pour les promesses de l’aube, la libre expression et la création artistique ! Un salon différent qui se réinvente à chaque nouvelle édition ». Plus de 13 ans que l’Autre salon ! s’attelle à donner la parole et faire entendre la voix des auteurs, éditeurs et médias indépendants. Ce salon, entièrement gratuit et tout public, est une invitation à rencontrer les acteurs d’une culture alternative, pour continuer à se questionner, s’émouvoir ou se révolter.
« Parce que les temps que nous vivons nous incitent à désobéir...»
Christian Goubert, adjoint aux affaires Culturelles
La désobéissance, fil rouge de l’édition
Et de fait, dans le prolongement du colloque national « la désobéissance, un enjeu de société » qui aura lieu le 8 octobre (lire page 2), le Salon fera de ce thème son credo, « qu’elle soit politique, civique, morale ou encore poétique, la désobéissance sera le fil rouge de cette édition 2011 », ajoute encore Thierry renard. Ce salon vise à faire découvrir une sélection de la création contemporaine littéraire en présentant la production d’une trentaine d’éditeurs dans une ambiance conviviale. Des rencontres avec les auteurs et différentes animations (ateliers d’écriture, lectures, tables rondes, performances, slam...) seront proposées. Depuis 2007, le salon s’enrichit d’un
nouvel espace consacré aux médias indépendants. Presse écrite, radios, télévisions associatives, sites web, autant de partenaires qui tentent de faire entendre une autre parole, qui souhaitent montrer les autres facettes des réalités locales et mondiales que celles qui nous sont sournoisement proposées par les tenants de l’uniformisation.
Cet espace libre et libéré de toute contrainte constitue comme une fenêtre d’où jaillit le souffle de la liberté, de la parole retrouvée.
Regards croisés
Le programme complet de la 13ème édition de l’Autre salon ! sera disponible courant octobre et, en attendant la livraison de ce document, nous présentons ci-après deux partenaires de la manifestation : les éditions le Passager clandestin et le réalisateur Olivier Bertrand dont le documentaire « Un soir d’été, un étranger » sera projeté le samedi 5 novembre à 18h30, salle Jean Macé.
Éditions Le Passager Clandestin
Avec une collection intitulée « Désobéir », la jeune maison d’édition Le Passager Clandestin méritait une place toute particulière au sein de cette édition. A la question de savoir qu’est-ce qu’être éditeur indépendant, Passager Clandestin répond : « être éditeur, c’est, pour nous, tenter de résister aux effets de censure de l’idéologie dominante en proposant d’autres pistes de réflexion. Nous faisons chaque jour le pari d’exhumer des textes oubliés, d’aborder des thèmes ou de publier des auteurs réputés difficiles, de diffuser des idées qui dérangent, de prendre part à la vivacité des débats qui secouent la société. Le Passager Clandestin n’est le relais d’aucune idéologie, et ne revendique rien, si ce n’est un droit à penser librement et à s’organiser autour de valeurs autres que celles qui sont censées régir aujourd’hui les comportements. En ce sens, on peut dire que notre maison d’édition désobéit : en choisissant de fonder nos relations de travail sur des affinités plutôt que sur la recherche du profit, en adoptant un point de vue résolument critique sur nos modes de fonctionnement sociaux, en s’intéressant à ce qui produit du lien, du commun, plutôt qu’à ce qui renforce la production massive d’« individus hors-sol », en essayant de faire de chaque livre l’occasion de rencontres et d’échanges, etc. Nous désobéissons dans la mesure où, comme le Bartleby de Melville, « nous préférons ne pas… », ne pas prendre part à ces processus qui aliènent. Mais nous ne sommes pas les seuls ».
Olivier Bertrand « une loi injuste et insupportable »
Son documentaire Un soir d’été, un étranger a la particularité de s’intéresser non pas à des initiatives d’associations, de militants mais à celles de citoyens ordinaires qui confrontés de façon imprévue à l’arrivée d’un étranger en situation irrégulière décident de l’accueillir. Olivier Bertrand nous fait partager une belle rencontre et rend ainsi hommage à tous les « désobéissants » qui à un moment donné trouvent qu’il faut savoir dire non à une loi injuste et insupportable.
A l’origine de ce documentaire, une rencontre : « J’avais rencontré Miloud, personnage invisible de ce film, en 1997 », se souvient Olivier Bertrand, il était alors caché par une famille dans un village et je les avais rencontrés pour faire un article dans Libération, en cachant bien sûr les noms du village et des habitants concernés, ainsi que celui de Miloud. A la suite de cet article, le réalisateur Tony Gatlif m’a contacté et l’histoire de Miloud est devenue à l’époque une fable, « Je suis né d’une cigogne ». Dix ans plus tard, à l’occasion d’une formation aux Ateliers Varan, à Paris, j’ai choisi pour mon premier film de revenir à Janvry, afin d’essayer de comprendre pourquoi ils avaient fait cela ».
Ensuite, Olivier Bertrand explique en quoi son film entre en résonance avec le thème de la 13ème édition de L’Autre Salon !, la désobéissance : « L’idée de départ de ce film était, en racontant cette courte épopée anonyme, de rechercher les ressorts qui font que l’on ouvre ou que l’on referme sa porte. Que l’on entre en résistance ou pas. C’est ici, je crois, que ce film rencontre le thème choisi cette année pour L’Autre Salon !, la désobéissance. Dans Un soir d’été, un étranger, des habitants décident posément, conscients des conséquences possibles, d’entrer en désobéissance, de résister à l’autorité, parce que leur morale leur indique une direction contraire à la loi. Le fait que ces habitants ne soient pas particulièrement militants jusqu’à l’arrivée de Miloud, révélateur de leur capacité de réaction, qu’ils ne soient pas structurés politiquement, m’intéressait particulièrement. Qu’est-ce qui faisait que soudain dans leur vie, face à un étranger débarquant le soir, ils refusaient d’appliquer la loi, devenaient sciemment désobéissants ? ».
L'Autre SALON, c'est aussi ....
- Une 30e d’éditeurs indépendants, tous genres littéraires confondus,
- des médias alternatifs : Arthésée, Le Citoyen, Les Cahiers de l’Ogre, Décharge, L’Envolée, Fakir Presse, Radio Pluriel, Vivé
- Des auteurs : Valère Staraselski, Lionel Bourg, Michel Besnier, Jean-Marc Desgent...
- La remise du prix Léo Ferré
- la soirée documentaire, en présence du réalisateur Olivier Bertrand, pour son film Un soir d’été, un étranger
Et aussi...
- des tables rondes
- une carte blanche aux édition Le passager clandestin
- des expositions
- un spectacle jeunesse
- un cabaret littéraire
et bien d’autres surprises...







